Nouvelle soumise au Prix Magnifique Livre
Décalage planétaire

Cette nouvelle se déroule dans le même univers que Les Engendrés,
vous pouvez la lire indépendamment sans risque d'être spoilé.


— Feydora, il est temps d’y aller !
La jeune femme frotta ses yeux, encore endormie. Elle consulta son réveil, son pire ennemi depuis huit jours. 1 h 30 du matin. Elle appuya sur un bouton et afficha l’heure de la planète sur laquelle elle devait se rendre. Là-bas, il était déjà 7 h 30. La torpeur marqua chacun de ses mouvements tandis qu’elle enfilait sa combinaison grise. Elle releva ses cheveux frisés en une épaisse queue de cheval et tenta d’apercevoir un rayon de soleil dehors. En vain. Ici, il faisait encore nuit.
— J’arrive ! répondit-elle à sa mère.
Son entraînement de pilote l’attendait sur la planète A. La fédération ne transigeait pas avec la ponctualité, même si elle était plus tolérante les jours qui suivaient le décalage planétaire.
— La navette est dans dix minutes ! lui indiqua sa mère quand elle la rejoignit.
— Je prendrai la suivante, protesta Feydora. J’aurai à peine quelques minutes de retard et l’instructrice Chalmers ne le notera pas sur mon dossier.
Sa mère sembla étonnée, même si elle lui faisait confiance.
— Cette madame Chalmers, pourquoi est-elle si compréhensive ?
— Instructrice Chalmers, maman ! La fédération n’aime pas qu’on oublie les titres. Elle est originaire de la B, elle aussi. Elle connaît bien les effets du décalage planétaire.
— Et elle vit toujours ici ?
— Non, bien sûr que non ! Comme la plupart des professeurs, elle a choisi le confort des journées de trente heures sur la A. Avec seulement cinq heures de travail par jour, je les comprends… répondit Feydora en bâillant.
— Elle doit bien gagner sa vie pour avoir pu déménager… souligna sa mère.
Feydora savait que c’était difficile pour elle de ne pas pouvoir offrir le meilleur à ses enfants. De devoir se contenter de la planète B. La moins riche en ressources, la moins habitable des deux.
— Ça sera bientôt fini pour nous aussi, maman. Quand la fédération me recrutera, tu pourras déménager avec Evie là-bas.
— Je n’ai pas hâte, ma chérie, même si c’est ton choix…
Sa mère lui prit la main. Des taches recouvraient sa peau parcheminée, dessinant des constellations sur sa peau brune. La jeune femme connaissait les réserves de celle qui l’avait élevée, même si elle ne les formulait jamais à voix haute. Lorsque la fédération l’enverrait en mission, elles ne se reverraient plus jamais.
Feydora se pencha vers elle et déposa un baiser tiède sur sa joue.
— C’est bien pour ça que je préfère encore m’infliger le décalage planétaire tous les cinq mois plutôt que de vivre à l’internat. Je n’ai pas hâte non plus, maman…
Sa mère serra un peu plus fort sa main avant de la lâcher.
— Allez file ! Cette fois, la dernière navette approche. Je ferai un bisou à Evie pour toi.
Devoir bientôt les quitter sembla tout à coup insurmontable à Feydora. Mais une part d’elle-même espérait qu’Evie intégrerait un jour son équipage. Même si pour ça, sa sœur allait devoir la rattraper dans l’espace et dans le temps. Mais elles s’en étaient fait la promesse, la promesse d’une vie meilleure. Ensemble.

Un être avec qui danser

Une courte nouvelle — exclusive — pour vous remercier d'avoir précommandé Lame de la forêt. Disponible dans les formats EPUB, MOBI ou PDF.